Victime de Darwin 2/…

drawing-dream-travel-around-world-25384073Je sors donc de cette réunion avec les mêmes questions qu’en y entrant ce qui par les temps qui courent est plutôt positif. J’aurais pu en avoir plus. Je retourne à mon bureau, étage du dessous, en traversant le long couloir menant des escaliers à mon cagibi. Je prends les escaliers, toujours. A force de bosser 11 heures par jour je n’ai même plus le temps de faire du sport. Ce qui tombe plutôt bien en fin de compte car je n’en pas non plus l’envie.

Lors de cette longue traversée du couloir je tombe sur Maxime Renaud, un ingénieur du service d’en face. Un gars plutôt bien sous tous rapports mais un peu trop d’entrain au boulot pour être réellement honnête. Le genre de garçon qui semble croire que seul le travail compte dans la vie. Je n’ai d’ailleurs jamais cherché à savoir ce qu’il faisait en dehors du monde fantastique de MHB.

Je ne pense pas en avoir quelque chose à foutre. Ou plutôt je n’ai surtout pas envie d’apprendre que mes suppositions sont fausses. Savoir que sa vie en dehors de MHB est remplie de club de sport, d’associations, de famille et d’amies fantastiques me ferait me rapprocher de la fenêtre, indubitablement.

Sa vie doit être en tout point aussi terne que la mienne sinon tout est purement et simplement dégueulasse.
Renaud me raconte des conneries sur son projet qu’il mène de main de maitres, surfant de façon exemplaire entres les demandes idiotes de ses chefs ne pensant que « rentabilité » aux sollicitations de son client ne pensant qu’à en avoir plus pour moins cher.

Au bout de 3 minutes je prétexte une « conf call » pour le laisser et me ruer vers mon bureau.
On aime sortir des anglicisme dans nos métiers. Le but du jeu étant l’appartenance à une caste dont les seuls membres peuvent se comprendre. Un peu comme quand votre médecin traitant vous fait part de son diagnostic avec des termes que lui seul et ses confrères comprennent. Mots qu’on se sent obligé d’acquiescer alors qu’on ne sait toujours pas si on peut guérir un virus avec des antibiotiques.

Dans le couloir, on se doit de marcher vite, si possible avec un dossier sous le bras. Même si on en a plus rien à foutre de rien Il faut absolument donner le change si on veut encore recevoir de ces chefs une pseudo reconnaissance et par la même prétendre à des revendications salariales.

Alors je marche vite en ayant l’air soucieux, c’est très important. Il est aussi recommandé de chuchoter des petits mots de mécontentement ou des « donc faut absolument rappeler Blanchard pour la telco de jeudi prochain !» en étant persuader que cette action va sauver le monde ou au moins la boite.

J’arrive à mon bureau presque essoufflé. Non pas d’avoir marché vite pour fuir Max mais à cause d’un sentiment de malaise, comme si l’air me manquait.

Mon collègue de bureau est là, planté sur sa chaise observant très sérieusement les trois écrans trônant sur son bureau, comme si sa vie en dépendait.

Chez MHB nous avons la chance de ne pas avoir succombé à la mode du bureau paysagé. Cette manière tellement pratique d’éliminer toute intimité entres collaborateurs. Pas une seule conversation dont vous ne pouvez suivre le déroulement, privées comme professionnelles. L’exposition permanente de la vie de vos collègues, la vision systématique des photos de leur gamins et de leur clebs et par la même la comparaison évidente qu’il s’en suit avec la mienne me fait gerber.

Rodolphe Blanzin est donc là. Mon collègue de bureau est un petit bonhomme de moins d’un mètre soixante-quinze. Un de ceux qui compense sa petite taille par une présence scénique exagérée et un entrain au boulot presque indécent.
Toujours à la ramener sur tous les sujets, particulièrement ceux qu’ils ne maitrisent pas, juste pour montrer qu’il a une idée sur la chose, surtout si c’est une connerie.

Je ne suis donc pas dans un bureau paysagé mais je l’ai lui, Rodolphe Blanzin, petit bonhomme pétrit de certitude sur sa façon de gérer sa carrière. Equilibrant sa vie professionnel pas le sport qu’il pratique inévitablement chaque jour entre midi et deux afin d’évacuer le stress inhérent à sa fonction de chef de groupe « développement des solutions innovantes », tout un programme.

Je l’appelle petit pimousse, gout cassis.
– « Bien passée, la réunion de convergence Big Data ?», me demande-t-il avec cette petite suffisance dans la voix qui me donne envie de lui balancer le classeur que j’ai en main à travers la gueule.
– « Impec, ce projet est sur la bonne voie, j’ai hâte de m’y lancer »
– « Il faudra bien penser à y associer le département innovation ! »
– « Oui bien sûr, comme pourrait-on se passer d’eux ».
C’est dingue comme un échange professionnel classique, plutôt courtois même, puisse vous donner mal au bide.

Blanzin représente tout ce que je déteste dans ce boulot. Le petit chien-chien à son chef-chef capable de tout faire pour lui plaire. J’aimerais bien que l’autre grand con lui demande de se jeter par la fenêtre … juste pour voir.

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  1. Eric 25/03/2016 | Répondre
    Super ... à quand la suite ?

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